
Quinze amendements. C'est, à quelques unités près, le nombre de textes déposés pour modifier la taxe de séjour dans le projet de loi de finances 2026, dont l'examen en séance débute en novembre. Hausse des plafonds, barème proportionnel, surtaxe sur les croisières : les propositions sont venues de tous les bancs, sans concertation et sans étude d'impact. En commission des finances, aucun n'a été retenu. Mais le vrai test approche avec l'hémicycle, où un amendement isolé peut passer dans le flux des débats.
PACTOLE. La taxe de séjour attise les convoitises et on comprend pourquoi. Sa collecte nationale est passée de 238 millions d'euros en 2012 à 845 millions en 2022, soit un triplement en dix ans. En 2024, elle a franchi pour la première fois le seuil du milliard d'euros. Certains départements s'y ajoutent : le Maine-et-Loire vient d'instaurer une taxe additionnelle départementale de 10 % à compter du 1er janvier 2026. Quand un impôt croît de 10 % par an, il devient, de fait, une cible budgétaire.
MILLE-FEUILLE. Le paradoxe, c'est que la réforme est nécessaire. Le Conseil d'État a lui-même retenu la taxe de séjour parmi les impôts prioritaires pour un chantier de modernisation et de simplification. C'est tout l'objet de la concertation lancée au Comité Interministériel du Tourisme d'Angers le 24 juillet, qui s'articule autour de trois axes : ◊ le devenir de la taxe au forfait, aujourd'hui marginale (1 % des communes), ◊ la simplification du barème qui impose à chaque collectivité de fixer huit tarifs par catégorie d'hébergement même lorsqu'elle n'existe pas sur son territoire, et ◊ le renforcement des sanctions et des garanties de recouvrement. Autant de sujets concrets que les élus locaux connaissent bien : un impôt morcelé entre plus de 1 800 collectivités, chacune délibérant seule, avec des tarifs très variables d'une commune à l'autre et un contrôle souvent artisanal.
BOUSSOLE. La taxe de séjour n'a jamais été conçue comme un impôt de rendement. Elle a été pensée pour financer l'accueil, la promotion et la valorisation des territoires touristiques : c'est sa raison d'être et c'est ce qui justifie son acceptabilité auprès des visiteurs. Multiplier les hausses sans repenser l'architecture de la taxe reviendrait à tirer sur une corde déjà tendue, alors que 70 % des nuitées sont le fait de Français dont le budget vacances n'est pas extensible.
Le chantier de simplification promis cet été mérite mieux qu'un coup de rabot budgétaire en fin d'automne.
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