édito
deux zones de vacances : et le tourisme dans tout ça ?

16 décembre 2025 · · 2 min lecture · ·

Le 23 novembre, la Convention citoyenne sur les temps de l'enfant a adopté son rapport, fruit du travail de cent trente-trois citoyens tirés au sort qui se sont réunis durant sept week-ends et ont formulé vingt propositions. L'une d'entre elles concerne directement les territoires touristiques : la réduction du nombre de zones de vacances scolaires de février et de Pâques, ramené de trois à deux, avec une semaine commune pour les familles dont les enfants sont scolarisés dans deux zones distinctes.

ENTONNOIR. Pour les territoires d'accueil, l'effet est avant tout arithmétique. Les vacances d'hiver et celles de Pâques s'étalent aujourd'hui sur quatre semaines glissantes, à raison de deux semaines par zone et d'un chevauchement qui dilue la fréquentation. Avec deux zones, l'étalement passerait à trois semaines. Quatre semaines diluées deviendraient ainsi trois semaines de pic, ce qui représente, pour les stations de sports d'hiver dont la saison utile est déjà courte, une compression nette de leur fenêtre commerciale.

VENT DEBOUT. Cette analyse n'a pas échappé à la filière, qui s'en est ouvertement inquiétée. Auditionnée par la Convention, la Confédération des Acteurs du Tourisme a défendu l'étalement actuel comme un outil de « meilleure gestion des flux touristiques et des déplacements » et comme le levier d'une « pratique de prix modérés sur certaines semaines », avant d'avertir que tout raccourcissement ferait mécaniquement monter les prix et priverait les familles modestes de leurs créneaux les plus accessibles, en première quinzaine de juillet ou en dernière semaine d'août. Serge Papin, ministre chargé du Tourisme, s'est lui aussi dit « franchement défavorable », au motif que « lorsque le tourisme est un secteur qui marche bien, ce n'est pas le moment de fragiliser tout ça ».

La Convention a entendu ces arguments et a pourtant maintenu sa proposition, par un arbitrage assumé qui privilégie l'intérêt des familles séparées sur la régulation des flux, et la régularité du rythme scolaire sur l'économie de l'accueil. Le débat est, en lui-même, légitime : on conçoit qu'un dispositif pensé pour l'enfant ne soit pas calibré sur la saisonnalité touristique, et que la voix du chronobiologiste y pèse autrement que celle de l'hôtelier.

VERDICT. Si la mesure venait à se traduire en règle, les communes touristiques verraient leurs pics d'hiver et de printemps s'accentuer, leurs prix d'accès se durcir et leurs créneaux populaires se raréfier. Le secteur n'aura pas été ignoré ; il aura été ouvertement débordé. Il revient désormais à l'État de répondre concrètement à l'arbitrage que la Convention lui adresse.

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