édito
contre les images des incendies, les destinations touristiques n’ont pas de pare-feu

3 août 2026 · · 3 min lecture · ·

Jamais la France n'avait vu autant de forêt brûler en si peu de temps. Du Diois à Fontainebleau, de la Corse au Var, les feux se sont succédé tout l'été, jusqu'à celui de Saumos, 42 000 hectares en dix jours, qui a vidé la côte girondine de ses vacanciers. Et pourtant les premiers bilans décrivent une saison qui tient, parce que le visiteur n'a pas renoncé à ses vacances, il les a déplacées.

TRANSFERT. Le premier enseignement vaut au niveau national, pas pour les territoires. La demande chassée du Sud-Ouest s'est logée sur la Manche, en Bretagne ou en montagne, et cette solidité repose sur un transfert d'un littoral à l'autre, où le gain des uns est exactement la perte des autres, que personne ne compense. Un bon bilan touristique a ainsi un effet pervers : il efface des statistiques la perte de vacanciers des territoires touchés, alors qu'eux la porteront bien après la saison.

PERCEPTION. Moins de 4 % de la Gironde a brûlé, et le département entier a pourtant perdu dix points d'occupation en août. Des villes du vignoble, à des dizaines de kilomètres du front, ont vu leurs réservations annulées parce que leurs clients entendaient le nom du département aux informations. L'incendie est d'abord un risque d'image, et la parole publique n'est pas organisée pour ce risque-là. La préfète, chargée de la sécurité, a demandé un jour aux touristes de ne pas venir ; le ministre de l'Économie leur a demandé 48 heures après de ne pas annuler… Les deux avaient raison dans leur ordre, et c'est le problème : fermer une station relève d'une autorité, la rouvrir n'appartient à personne, et quand les offices de tourisme ont lancé leur communication, les images avaient déjà produit leur effet.

SAISON. L'aide d'urgence de l'État est surtout allée à ceux qui ont perdu leur outil de travail, pas à ceux qui ont perdu leurs clients ; or les analyses menées après les grands feux montrent que la baisse de fréquentation atteint son plein effet l'année suivante. Rien ne garantit que les clientèles parties reviendront d'elles-mêmes en 2027. Pour les littoraux et stations touchés, l'hiver sera une campagne : reprendre la parole marché par marché, étrangers en tête, et donner à ceux qui ont annulé une raison précise de revenir.

Fontainebleau, le Diois ou les Écrins n'étaient pas des territoires à feux ; ils le sont devenus en une saison, et le réchauffement du climat étend chaque année la carte des massifs exposés. Plus aucune région d'accueil n'est désormais à l'abri : le feu rejoint la canicule et le manque de neige parmi les aléas que toute offre touristique doit intégrer à sa stratégie, avec des plans de fermeture, de réouverture et de report prévus à l'avance.

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